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À Murama, dans la commune de Kirundo, la quatrième édition de la Foire aux semences locales du programme PADIP a réuni 35 exposants autour d’une quinzaine de variétés. Une occasion de mettre en valeur la diversité agricole locale, de partager les savoirs paysans et de rappeler l’importance de préserver les systèmes semenciers locaux.

La colline Murama, en commune Kirundo, a accueilli le 19 août 2026 la quatrième édition de la Foire aux semences locales du programme PADIP, financé par Broederlijk Delen. Organisée par l’UHACOM et la coopérative Abizeranye, en collaboration avec ADISCO et l’UPH, cette activité a réuni 35 exposants autour d’une quinzaine de variétés locales. La foire a permis aux producteurs de présenter différentes cultures et semences conservées au sein des communautés, notamment les ignames, l’inazi, le sorgho, le tournesol, les ibiharoharo, les ibiyoba vya kera et l’itomati kama. Au-delà de l’exposition, l’activité a constitué un espace d’échange sur l’importance de préserver la diversité agricole et les savoirs liés aux pratiques semencières locales.

Des cultures adaptées aux réalités des producteurs

Dans les communautés rurales, les semences paysannes occupent une place importante dans les systèmes agricoles. Leur adaptation aux conditions locales peut constituer un atout pour les producteurs, notamment face aux aléas climatiques qui affectent les rendements et la disponibilité alimentaire. Les témoignages recueillis lors de la foire illustrent l’intérêt que certaines familles continuent d’accorder à ces cultures.

Evelyne Mukamiriza, participante accompagnée par le programme PADIP, explique que certaines cultures traditionnelles ont contribué à l’alimentation de son ménage malgré les difficultés rencontrées au cours de la saison agricole.

« Lors de cette saison, la récolte n’a pas été bonne à cause de la sécheresse. Grâce aux ignames et aux jacquiers, nous avons quand même de quoi mettre sous la dent avec ma famille. Ces semences offrent de grands avantages : elles mûrissent vite et permettent d’assurer facilement notre souveraineté alimentaire. »

Pour Violette Bahati, la conservation de certaines variétés constitue également un enjeu de transmission. Les pratiques liées aux ignames et aux hoffes, explique-t-elle, se transmettent au sein des familles et permettent de maintenir un savoir agricole construit au fil des générations.

L’accompagnement des paysans semenciers

La valorisation des semences locales s’inscrit dans les actions menées par le programme PADIP avec ses partenaires auprès des communautés et des organisations paysannes.

Dans ce cadre, l’UHACOM accompagne notamment ses coopératives membres dans la promotion de pratiques favorisant la conservation et l’utilisation des ressources semencières locales. Les conseillers agricoles mobilisés sur le terrain travaillent avec les producteurs et les paysans semenciers afin de faciliter la diffusion de ces pratiques au sein des communautés. Selon Appolinaire Hacimana, Directeur de l’UHACOM, cette dynamique commence également à favoriser des échanges directs entre producteurs semenciers et autres membres des communautés.

« L’UHACOM a élaboré un dispositif d’accompagnement au sein des ménages et des coopératives. Chaque projet est appelé à encadrer un certain nombre de paysans semenciers. Nous constatons déjà que les membres de la communauté commencent à s’approvisionner directement auprès de ces producteurs locaux. C’est une avancée très encourageante. »

Cette approche vise à renforcer progressivement les systèmes semenciers locaux et à faciliter l’accès des producteurs à des ressources adaptées à leurs conditions de production.

Renforcer la reconnaissance des semences paysannes

La foire a également permis d’ouvrir une réflexion sur les conditions nécessaires à la pérennisation des systèmes semenciers locaux. Pour les partenaires du PADIP, la conservation des semences paysannes ne repose pas uniquement sur leur maintien au niveau des ménages. Elle nécessite également un environnement favorable permettant aux producteurs de conserver, multiplier, échanger et valoriser leurs ressources semencières.L’accès aux marchés et l’absence de mécanismes suffisamment adaptés aux réalités des semences paysannes constituent notamment des défis pour les producteurs.

L’UHACOM souhaite ainsi que les réalités et les besoins des paysans semenciers soient davantage pris en compte dans les politiques et mécanismes qui encadrent le secteur semencier au Burundi.

« Nous lançons un message aux acteurs agricoles pour qu’ils renforcent leur soutien aux producteurs. Nous demandons aux décideurs de prendre en compte les semences locales, de les protéger et de leur donner un cadre légal garantissant la liberté de les détenir et de les échanger », souligne le Directeur de l’UHACOM.

Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer la place des producteurs et des systèmes agricoles locaux dans les réflexions sur la sécurité alimentaire et l’avenir de l’agriculture au Burundi.

Sensibiliser et transmettre aux générations futures

La foire de Murama a également accordé une place importante à la sensibilisation et à la transmission des savoirs. Une pièce de théâtre-forum, présentée par la coopérative Abizeranye, a permis d’aborder de manière participative les risques liés à la disparition progressive de certaines cultures et des connaissances qui leur sont associées. Un jeu de questions-réponses a ensuite été organisé autour des semences et des pratiques agricoles locales. Sept participants ayant obtenu les meilleurs résultats ont reçu du matériel agricole.

À travers cette quatrième édition, le programme PADIP et ses partenaires ont ainsi créé un espace permettant aux producteurs de présenter leur patrimoine semencier, de partager leurs expériences et de sensibiliser les communautés à l’importance de sa préservation.

La foire rappelle surtout que les semences locales ne représentent pas uniquement une ressource agricole. Elles constituent également un patrimoine vivant, porté par les producteurs et les communautés, dont la préservation participe à la diversité agricole et au renforcement des systèmes alimentaires locaux.

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